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sur les Coraux des Mascareignes

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Pourquoi ?

Publié le 24 décembre 2006, mis à jour le 13 juillet 2009

Toutes les versions de cet article :

  • français

Intérêts de la protection des formations récifales

La protection des formations récifales présente, de manière générale et plus particulièrement dans l’archipel des Mascareignes, quatre types d’intérêts principaux :

1. Un intérêt écologique
Les coraux sont les éléments fondamentaux de la construction récifale. Ils sont à la fois supports, abris et nourriture. Leurs formes variées offrent à de nombreuses espèces associées un refuge protecteur, particulièrement pour les stades juvéniles. C’est ainsi que les lagons jouent un rôle important comme zones de frayères et de nurseries pour de nombreuses espèces de poissons. En particulier, le recrutement des juvéniles de poissons est largement conditionné par la présence et le bon état de santé des récifs.
Les récifs coralliens représentent également une source de sédiments sableux alimentant, sous l’effet mécanique des houles australes, les plages de sable corallien. La présence de ces dernières représentant un support pour de nombreuses activités culturelles et de loisirs.

2. Un intérêt économique
Les récifs coralliens constituent un rempart contre la violence de la mer ; leur rôle de protection naturelle des côtes est capital, particulièrement dans la région sud-ouest de l’océan Indien où sévissent houles australes et houles cycloniques. La barrière corallienne, en brisant l’énergie des houles, protége la frange littorale particulièrement porteuse d’enjeux économiques et humains. Que ce soit à Rodrigues, à Maurice ou à la Réunion, c’est en effet sur la zone côtière que les densités de population sont les plus fortes et que les enjeux économiques en terme d’infrastructures, de bâtis, de commerces et de centres décisionnaires sont les plus importants. Malgré la présence de formations récifales à la Réunion, on observe par exemple une érosion croissante des plages, matérialisée par le déchaussement des filaos. Ces images laissent imaginer l’état des côtes si la barrière corallienne ne ralentissait pas l’énergie de certains évènements de houles.

La protection des récifs coralliens présente un second intérêt d’ordre économique, relatif à l’ensemble des activités touristiques, de loisirs mais également commerciales qui s’y déroulent (plongée sous-marine, sports de glisse, bateaux à fond de verre, pêche professionnelle et plus largement fréquentation touristique des hôtels et restaurants en bord de plage). Une étude récente a cherché à estimer les valeurs récréatives et touristiques des récifs coralliens à la Réunion et a notamment montré que le chiffre d’affaire annuel dégagé par la pratique de la plongée sous-marine approchait de 2 076 150 €. Celui des sports de glisse atteignait 118 018 € et celui des bateaux à fonds de verre était de 1 851 614 € (Mirault, 2006).
L’étude des prix du foncier (Mirault, 2006) montre également l’écart entre la moyenne des prix sur le littoral récifal et celle de l’ensemble de l’île. Il apparaît clairement que la proximité aux récifs coralliens, et plus particulièrement aux plages coralliennes, est décisive dans le prix du foncier ce qui révèle également que ceux-ci soient des symboles d’un cadre de vie agréable.

3. Un intérêt social
Dans l’ensemble des sociétés insulaires et plus précisément dans l’archipel des Mascareignes, la pêche à pieds ou en canot a longtemps constituée une activité de subsistance que les populations locales avaient l’habitude de combiner aux pratiques agricoles et d’élevage. Aujourd’hui encore, les familles les plus démunies ont recours à la pêche pour se nourrir ou compléter leurs faibles revenus. La protection du milieu récifal constitue donc également un enjeu social puisque les récifs coralliens restent encore un levier de subsistance pour les populations riveraines.

4. Un intérêt culturel
La protection des récifs coralliens dans l’archipel des Mascareignes présente également un intérêt culturel et social qu’il est important de ne pas oublier. L’attachement culturel des populations de l’archipel au milieu corallien est fonction de l’histoire de chaque île. Si l’on a coutume d’opposer la tradition maritime des îles Rodrigues et Maurice [1] à la société de plantation traditionnellement orientée vers la terre de la Réunion, il semble que le lien à la mer soit culturellement ancré dans l’identité des populations insulaires. La Réunion n’a pas échappé à ce modèle, même si l’histoire de l’île a fait de l’activité pêche, une activité marginalisée voire dégradante, comparée au statut plus gratifiant qu’occupent les pêcheurs dans les îles voisines. De plus faible intensité à la Réunion, la relation à la mer des populations riveraines s’est structurée autour de pratiques de pêche traditionnelle comme la pêche à la seine à Rodrigues ou la pêche aux capucins nains à la Réunion. Les liens tissés au sein des équipes de pêche renforcés par les fêtes organisées autour des parties de pêche sont rapidement devenus des fondements culturels forts, participant au maintien de l’équilibre social de ces sociétés insulaires. Confrontées aujourd’hui à des modèles de développement exogènes susceptibles de mettre en branle ce fragile équilibre, la préservation des récifs coralliens est un gage du maintien de ces activités, menacées par la diminution en nombre de certaines espèces et la dégradation du milieu. Cette protection présente donc un intérêt culturel indéniable qui participe d’une certaine manière au maintien de la paix sociale.

Facteurs menaçant l’état de santé des récifs coralliens

En dehors des causes d’origine naturelle (cyclone, épisodes de grandes marées basses, élévation de la température des eaux océaniques) (c.f. article Menaces), les causes d’origine humaine jouent également un rôle non négligeable dans la dégradation du milieu récifal. Elles sont plus récentes et sont liées au développement démographique et économique de l’île.

1. La pollution par les apports d’eau
L’accélération de l’urbanisation en bord de mer comme en zone côtière entraîne l’imperméabilisation des sols et donc l’accroissement des volumes d’eaux pluviales ruisselées. Ce phénomène est particulièrement marqué à la Réunion avec la présence de pentes particulièrement importantes et à Maurice où l’explosion touristique a fortement conditionné l’urbanisation littorale.
A ceci s’ajoute l’augmentation de la consommation d’eau et la multiplication des rejets d’eaux usées dues à l’accroissement de la population. A titre d’exemple, aucun réseau de traitement des eaux usées n’existe à Rodrigues sauf pour les hôtels. Seuls 29,7 % des gens possèdent une fosse septique et 64,2 % ont des latrines creusées (Bernard, 2005).
Les trajets naturels d’évacuation des eaux pluviales et des crues cycloniques ont ainsi été bouleversés. A la Réunion, on trouve par exemple des buses d’écoulement implantées en dehors des débouchés naturels des ravines déversant directement les eaux polluées dans les zones d’arrière-récif, sans exutoire rapide vers la mer.
Les eaux pluviales chargées d’engrais (phosphates et nitrates) ou de polluants divers issus du milieu urbain (métaux lourds, hydrocarbures) sont donc largement en cause dans la pollution des eaux récifales, particulièrement en période cyclonique, mais également lors des premières grosses pluies de la saison humide (lessivage des produits accumulés en période sèche). Les eaux de piscines non raccordées à une station d’épuration sont aussi source de pollution chlorée (DIREN, 2005).

2. Erosion des bassins versants
L’érosion naturelle des sols est fortement renforcée par certaines activités humaines, en particulier la déforestation et les activités maraîchères, fruitières et vivrières qui, pour certaines, ont une faible couverture du sol pouvant permettre de limiter le décapage des sols. L’exemple le plus flagrant dans l’archipel des Mascareignes, est celui de Rodrigues [2]. Malgré sa faible altitude et le pendage modéré de ses pentes, le déboisement sauvage des versants pose des problèmes d’érosion et de ruissellement graves. Les répercussions se font logiquement sentir dans le lagon avec notamment une turbidité importante et une pollution grandissante. Il existe en effet des vallées torrentielles qui rayonnent à partir du centre de l’île qui, au cours de la saison pluvieuse, déversent un volume notable de matériaux détritiques de tailles diverses, alimentant ainsi, à leur débouché, de vastes atterrissements vaso-sableux de fond de baie (Baies Mathurin, Topaze, aux Huîtres, Grand Baie, etc…) (Faure et Montaggioni, 1971). Les embouchures de ces vallées se voient donc dénudées de flore corallienne vivante.
A la Réunion, la situation n’est pas moins catastrophique puisque il a été estimé dans la Charte de l’Environnement que la quantité de matériaux perdus à la mer atteignait 3 000 tonnes/km2/an, soit un décapage moyen de 1mm/an. La Réunion se situerait ainsi parmi les régions du globe où l’érosion superficielle est la plus active.
Ce phénomène néfaste aux coraux peut avoir pour conséquence le blanchissement des coraux observé, à la Réunion, en 1981 dans le lagon de Saint-Leu, puis en 1982 à la Saline, ou encore la destruction totale de récifs comme ceux de Saint-Pierre et de Saint-Leu en 1989 (DIREN, 2005).

3. La surexploitation des ressources de l’environnement corallien
De nombreuses études scientifiques ont montré une diminution des tailles moyennes et des densités de peuplement de poissons, témoins directs d’une surexploitation halieutique des zones récifales. Cette dernière peut être due soit à l’augmentation du nombre de pêcheurs, soit à l’utilisation de techniques de pêche destructive, ne permettant pas aux stocks de se renouveler.
A Rodrigues par exemple, dans le souci de venir en aide aux populations de pêcheurs dont les revenus étaient fortement dépendants des fluctuations du climat, le gouvernement a mis en place, dans les années 1990, une prime de mauvais temps (bad weather allowance). Pour pouvoir en bénéficier, les pêcheurs devaient justifier d’une fréquence de sortie suffisante. Cette mesure a donc davantage encouragé à multiplier le nombre de sorties de pêche par personne, particulièrement pour les pêcheuses d’ourites [3], uniquement motivées par la nécessité d’obtenir la prime de mauvais temps.
Certaines pratiques de pêche sont également source de dégradation du milieu. On pense notamment au piétinement de colonies coralliennes occasionné par la pêche aux zourites ou par la cueillette de certains mollusques, parfois doublé du retournement de blocs de corail nécessaire pour atteindre le zourite. Il existe également certaines pratiques de pêche au filet qui raclent les fonds, emportant de manière indifférenciée poissons, juvéniles, coraux, mollusques et algues.
Rappelons cependant que la plupart de ces pratiques jugées destructives sont aujourd’hui réglementées voire interdites.

4. La surfréquentation du milieu et la destruction physique du milieu
L’augmentation du nombre d’usages fait du milieu récifal entraîne également une surfréquentation du milieu dont la capacité de charge n’est pas extensible. La fréquentation touristique venant s’ajouter aux activités humaines locales, ce sont les risques de dégradation liée notamment au piétinement qui s’accroissent. C’est donc la combinaison des ces différents usages qui augmentent significativement les sources de dégradation du milieu corallien.

Aurélie Thomassin - Géographe, actuellement en thèse à l’Université de La Réunion et en accueil à l’Institut de Recherche pour le Développement, je travaille sur la gestion des Aires Marines Protégées (AMP) dans la région sud-ouest de l’océan Indien. Je m’intéresse plus particulièrement à
l’acceptabilité sociale des AMP et propose une méthode de construction d’indicateurs de suivi de cette acceptation, au service des gestionnaires. Ma recherche repose sur des expériences de terrain à
Madagascar, La Réunion et aux Comores. [MàJ : 19/05/09]
 
 

Sources :

- Bernard M., 2005. Le développement touristique de l’île Rodrigues. Mémoire de maîtrise de géographie. Dir. V. Cazes-Duvat. Université de la Réunion, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines.

- DIREN, 2005. Projet de réserve marine naturelle sur les formations récifales de la côte ouest de la Réunion. 50 p.

- Faure G., Montaggioni L., 1971. Le récif corallien de l’île Rodrigue (Archipel des Mascareignes, Océan Indien) : géomorphologie et répartition des peuplements. Symposium on Indian ocean and adjacent seas, Cochin, India, January 12.18, 1971.

- Jauze J-M., 1998. Rodrigues, la troisième île des Mascareignes. Université de la Réunion, faculté des lettres et des sciences humaines. Ed. L’Harmattan. p. 268

- Mirault E., 2006. Les fonctions et enjeux socio-économiques des écosystèmes récifaux : une approche géographique des valeurs de l’environnement appliquée à l’île de la Réunion, Thèse de doctorat, Université de Paris X, 709 p.

- Ricciardi A, Jameson SC, McManus E, Besancon C, Johnson T, Spalding M, Kelleher G, Boucher T, Fish L, Mora C. How Protected Are Coral Reefs ? Science 314[5800], 757. 2006.
Ref Type : Generic

Notes

[1Les choix politiques à l’époque de l’occupation française (1740) expliquent en effet l’identité maritime des populations mauriciennes et rodriguaises. En 1740, Mahé de Labourdonnais, alors gouverneur de l’île de France (Maurice) et de l’île Bourbon (la Réunion), propose un plan de développement qui spécialise les économies des deux îles en fonction de leurs atouts naturels respectifs. L’extraordinaire richesse des terres et de la végétation de l’île Bourbon ainsi que son accès difficile par voie maritime dû à l’absence d’abris naturels sur la côte seront autant d’arguments pour justifier sa spécialisation dans la culture vivrière. A contrario, l’île de France serait dédiée au commerce maritime. De même, l’île Rodrigues devient à partie du début de l’occupation française (1764) une escale servant de ravitaillement pour l’île de France mais également pour tous les bateaux de passage, notamment en viande fraîche provenant des grosses tortues marines qui y pullulent.

[2« Rodrigues a acquis le triste privilège d’être parmi les îles tropicales les plus dégradées. C’est sans doute l’environnement le plus menacé de l’océan Indien, car le bilan est particulièrement lourd : la forêt naturelle n’existe pratiquement plus, de nombreuses espèces endémiques de la flore et de la faune ont disparu, le déboisement sauvage et le surpâturage ont accéléré l’érosion qui provoque à son tour la sédimentation du lagon, les ressources marines sont surexploitées et le problème de l’élimination des déchets devient pressant » (Jauze, 1998)

[3poulpe se dit ourite ou zourite en créole


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